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  • Photo du rédacteurKarine Laperrière

La guerre des fibres, partie 1 : Le polyester

Dernière mise à jour : 23 mars 2019

Depuis que je m’annonce comme une défenderesse de la mode éthique et durable, on me pose souvent la même question : Est-ce mieux d’acheter des vêtements en coton, ou en polyester? Cette question est définitivement justifiée, surtout lorsqu’on sait que ces fibres représentent à elles seules 80% de la production mondiale de fibres dirigées vers le textile. Toutefois, il y a beaucoup plus de matières utilisées pour faire un vêtement, comme les fibres d’origine animales (laine, soie, cashemire, angora, etc.), les fibres végétales (lin, bamboo, chanvre, etc.), les fibres végétales modifiées (acétate, tencel, rayonne, modal, etc.) et les fibres synthétiques (acrylique, nylon, spandex, etc.). Chacune de ses fibres comportent des avantages et des inconvénient. Cette série d’article en explorera quelques unes, afin de déterminer, éventuellement, quels sont les meilleurs choix d’un point de vue de développement durable.


Sans plus attendre, voici la première partie, qui traite du polyester.


Le polyester est une fibre synthétique, formée à partir de polymère de polyéthylène téréphtalate (PET). Il s’agit du même polymère qui est utilisé pour faire des bouteilles d’eau. Il s’agit donc tout simplement de plastique. Le polyester est utilisé à plusieurs fins, mais la production de textiles représente la moitié de la production globale de polyester. Cette fibre est appréciée par le consommateur car il s’agit d’une fibre facile d’entretient et qui ne coûte pas très cher. Il est possible de texturer la fibre afin d’obtenir différents touchers, pour imiter la laine, le cotton, la soie, ou pour modifier ses caractéristiques comme augmenter l’absorption ou empêcher le froissement. Étant donné que le polyester est désormais la fibre textile la plus utilisée sur le marché international, il est important de se questionner sur les impacts de l’utilisation de cette fibre dans notre vie quotidienne.


PRODUCTION DE LA FIBRE ET DU TEXTILE


Le polyester est un produit du pétrole. Je vous épargnerai les détails de la polymérisation, mais il faut savoir que 70 millions de barils de pétrole sont utilisés, chaque année, pour produire du polyester. C’est assez pour faire rouler une Volkswagen New Beetle pendant 61 milliers d’années (en considérant une consommation de 1L par kilomètre et un usage de 20 000 km par année). C’est BEAUCOUP de pétrole. Après la polymérisation, le polyester est pressé au travers de petits trous pour en faire des filaments, puis est coupé ou texturé pour en faire des fibres.


Il est difficile de calculer exactement les impacts du processus de polymérisation du polyester étant donné que les produits de chaque étape ne sont pas nécessairement utilisées pour produire du polyester dédié au textile. Par contre, on sait que pour produire des filaments, le polyester doit être maintenu à une température de 260 à 270 ºC, ce qui demande donc beaucoup d’énergie (environ 125MJ par kg de fibre de polyester). Non-seulement le pétrole est utilisé comme matière brute, mais d’autres énergies fossiles sont utilisées pour maintenir cette température. Ainsi, des gazs à effet de serre sont produits. L’impact du polyester a été estimé à 694 millions de tonnes d’équivalents CO2, soit l’équivalent de la production de gazs à effet de serre de 185 centrales thermiques au charbon pendant un an. Un t-shirt de polyester représente à lui seul jusqu’à 7.1 kg CO2e.

Ce schéma représente les étapes de production du polyester et autres produits du pétrole. Les cases en blanc montrent les étapes intermédiaires du polyester destiné au textile.

De plus, la production de polyester crée de la pollution dans les nappes d’eau environnant les usines de rafinement. Pour refroidir le polyester, il faut d’énormes quantités d’eau, qui ne sont pas toujours traitées avant d’être libérées dans l’environnement. En effet, l’eau entourant 9 des 13 plus importants producteurs de polyester comportent des niveaux de pollution significatifs ou sévères. Cette pollution, causée en partiulier par de l’oxide de nitrogène et de l’oxide de sulfur, peut créer des précipitations acides et contaminer le sol. Il serait possible de diminuer l’empreinte écologique du polyester sur l’eau en changeant les pratiques de gestion des eaux usées, mais cela en augmenterait le prix.


Lorsqu’on a les fibres de polyester, il faut en faire un textile. Il faut les filer, puis les tisser ou les tricotter. Il faut aussi les teindre. Dans le cas du polyester, c’est cette étape qui est particulièrement nocive. En effet, le polyester a une structure moléculaire dense, ce qui le rend difficile à pénétrer pour les teintures ordinaires. Il en résulte qu’on doit teindre cette matière à 100ºC, à moins d’utiliser un accélérant. Dans un cas, il s’agit d’une dépense énorme d’énergie, dans l’autre, on utilise des produits toxiques et nocifs pour les humains et l’environnement, qui seront rejettés dans les eaux usées. De plus, il est estimé que 20% de la teinture utilisée pour teindre le polyester se retrouve dans l’environnement suite au mauvais traitement des eaux usées. Ainsi, beaucoup de composés chimiques dangereux se retrouvent dans les nappes d’eau de communautés et peuvent les rendre malades.


USAGE DANS LA VIE DE TOUS LES JOURS


Lorsqu’on détermine si une matière est durable ou non, il faut aussi prendre en compte ses impacts lors de son usage habituel. Dans le cas du polyester, l’impact le plus important a lieu au moment du lavage. En effet, il a été mesuré qu’environ 700 000 microfibres de plastique sont produites à chaque fois qu’on fait une brassée de vêtements dans une machine domestique. Ces microfibres peuvent échapper au système de traitement des eaux et se retrouvent dans les cours d’eau et les océans. En fait, les microfibres de plastique représentent 80% de la pollution des eaux américaines. Les poissons et animaux marins ingèrent ces particules, ce qui peut les rendre malades à la suite de problèmes digestifs, ou à cause des toxines présentes sur ces microfibres (par exemple, certains plastique se dégradent en BPA, alors que d’autres absorbent des polluants comme le PCB). Ces toxines peuvent ensuite être absorbées par les humains lors de la consommation des poissons.


Le polyester est traité afin de lui donner des propriétés dont l’anti-froissement, l’anti-moisissures, etc. La plupart de ces traitements consistent en une application de résine qui contient souvent du formaldéhyde. Ce produit chimique, reconnu comme un cancérigène par le Centre international de recherche sur le caner (CIRC), peut aussi causer des irritations et de la dermatite de contact lorsqu’en contact avec la peau. Heureusement, certains pays commencent à réguler la quantité de formaldéhyde pouvant se retrouver dans les vêtements, mais il faut aussi penser aux travailleurs du textile, qui sont en contact permanent avec ceux-ci.


DÉGRADATION


Comme il a été mentionné dans un article précédant, le polyester prend beaucoup de temps pour se décomposer. Cela peut aller jusqu’à 200 ans! Pendant ce temps, les produits chimiques ayant été utilisés pour traiter et teindre le polyester sont relâchés dans les sols et les eaux autour du dépotoir.


Un autre traitement, souvent utilisé pour des articles de sport et de plein air, permet d’imperméabiliser le textile de polyester. Ce traitement, à base de composés perfluorés (PFC), est aussi utilisé pour faire des poêles anti-adhésifs et rendre les tapis résistants aux taches. Lorsque le vêtement se désagrège, les PFCs (PFOA et PFOS, entre autres) sont libérés dans l’environnement. Ces derniers sont nocifs pour l’environnement et la santé, et prennent plusieurs années avant de disparaître. Ainsi, non-seulement un vêtement de polyester peut prendre plusieurs centaines d’années avant de se décomposer, mais, s’il est traité au PFC, il libère des molécules toxiques qui elles-mêmes sont de nature persistante. En 2016, Greenpeace a conduit une étude prouvant que 90% des vêtements techniques contenaient des PFC. En 2017, on retrouvait des PFCs dans l’eau courante de 27 états américains. Une exposition aux PFC peut causer des débalancements hormonaux et des cancers. Heureusement, plusieurs compagnies, comme Helly Hansen ont entrepris de trouver des alternatives plus acceptables pour imperméabiliser leurs vêtements, mais très peu de pays régulent l’utilisation des PFCs dans les vêtements.


RECYCLAGE


Il est désormais possible de recycler les bouteilles d’eau et de boissons gazeuses et d’en faire des fibres de polyester, étant donné que tous les deux sont en fait formés de PET. Le PET recyclé, ou rPET, permet de réduire notre dépendance au pétrole et de diminuer le nombre de bouteilles de plastique qui se retrouvent dans les dépotoirs. De plus, il faut environ 70% moins d’énergie pour recycler le polyester qu’il en faut pour en créer du neuf. Le polyester recyclé est donc considéré comme une option durable pour remplacer le polyester conventionnel. Toutefois, la fibre produite est de moins grande qualité et coûte plus cher. De plus, il ne faudrait pas encourager les gens à utiliser plus de plastique simplement parce qu’on peut le recycler en vêtements. Le PET ne peut être recyclé à plusieurs reprises sans perdre son intégrité, et les polyester ayant été traités ne sont pas recyclables du tout.



POLYESTER VS COTON


Bien que le polyester soit grandement coupable de pollution des sols, des eaux et de l’air, nous n’avons pas encore exploré les crimes du coton. Cette fibre est extrêmement coûteuse à produire en eau, en pesticides et en vies humaines. Il est donc impossible pour l’instant de répondre à la question fatidique: Qu’est-ce qui est mieux entre le polyester et le coton? Restez à l’affut pour le prochain article de cette série : La guerre des fibres!

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