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  • Photo du rédacteurKarine Laperrière

Ce que la mode rapide dit à propos de notre société

Ce blog se veut surtout informatif, mais cette semaine j’ai envie de vous faire réfléchir un peu en partageant mon opinion. La vérité c’est que je prépare une série d’articles informatifs sur les différents matériaux utilisés pour produire des vêtements et le but ultime est de déterminer quel matériel est le meilleur d’un point de vue de développement durable. Ouin. C’est une grosse job qui va s’étaler sur plusieurs semaines. Je ne publierai peut-être pas à toutes les semaines pour cette raison. Croyez-moi, ça va en valoir la peine!


Revenons donc à mon opinion de la semaine. Plusieurs personnes qui me connaissent bien m’ont demandé, lorsque je suis allée étudier en mode, pourquoi je m’intéressais à un domaine autant superficiel, voire nocif. Il est vrai qu’une partie de la mode, je dirais le premier degré de la mode, est très superficiel. « Je m’habille à la mode pour paraître bien. » Pourtant, la mode cache quelque chose de plus profond. Vous avez surement déjà entendu dire « J’aime la mode parce qu’elle me permet de m’exprimer. » Si la tenue d’une personne lui permet de s’exprimer, que peut-on apprendre de notre société grâce à la mode actuelle?


La mode comme outil sociologique


Ce qui m’a toujours fasciné de la mode, c’est à quel point elle est intimement reliée à l’histoire et aux moeurs. Lorsqu’on lit un ouvrage sur l’histoire de la mode, on en apprend toujours sur le mode de vie des gens, les différentes classes sociales, les croyances religieuses et spirituelles, les modes de séduction, le climat environnemental et militaire dans lequel la société évolue etc.


C’est ainsi que les croyances religieuses des Égyptiens de l’Égypte antique, selon lesquelles il fallait préserver le corps du mort pour qu’il puisse accéder au paradis, ont mené au développement du parfum et a fait de l’Égypte un des plus grands exportateurs de parfums du monde antique. Au Moyen Âge, les costumes sont devenus de plus en plus colorés à la suite des grandes foires internationales qui ont permi les échanges de teintures. Au XVIIe siècle, les scientifiques étudient la médecine et découvrent la circulation sanguine. Les corsets deviennent alors moins serrés. Avant la révolution française, les membres de la cour renchérissaient de décorations, afin de montrer leur statut social. Ensuite, on ne voulait plus être associé à la royauté, alors la mode suivit un courant naturaliste, plus simple.


Chacun de ces exemples permet de se rendre compte que la mode est bien plus qu’une façon commune de se vêtir, elle est modulée par les différentes doctrines qui régulent la société et comprendre la mode permet de comprendre comment cette société fonctionne.


La mode et la distinction sociale


Il y a beaucoup d’exemples qui montrent que la mode est intrinsèquement liée aux idéologies. Même dans un passé plus récent, les vagues punk, yuppi, preppy, hippie, disco, grunge, et j’en passe, étaient toutes liées tant à des idéologies communes qu’à un style bien particulier qui permmettent à chacun de se reconnaître.


Depuis l’Égypte antique, les vêtements permettent aux gens d’afficher la classe sociale à laquelle ils appartiennent. Souvent, les vêtements et accessoires à la mode pour la haute société sont encombrants et contraignants. Par exemple, lors de la période Rococo, synonyme de l’extrême opulence de la cour royale, les femmes portaient d’immenses paniers sous leurs jupons, qui ne leur permettaient pas de se mouvoir facilement. Durant le Moyen Âge jusqu’à la Révolution industrielle, il était bien vu d’être pâle, car un teint foncé signifiait qu’on passait beaucoup de temps dans les champs et qu’on était un paysant. De nos jours, la classe ouvrière travaille à l’intérieur et les riches ont du temps pour se faire bronzer, alors il est mieux vu d’avoir un teint plus basané.


Ainsi, la mode a pour but de reconnaître nos semblables tant d’un point de vue idéologique que social.



Ce que la mode rapide dit de notre société


Il est difficile, depuis les années 2000, de déterminer un courant général en ce qui concerne la mode. Effectivement, on change de « mode » tous les mois ou presque. Quelle est la nouvelle couleur? Quel est le nouveau pantalon? J’ai BESOIN de ce nouveau morceau de chez Topshop! Cette mode rapide est créée par les entreprises de mode qui désirent vendre le plus de produits possible de façon soutenue durant toute l’année. On peut rejeter le blâme sur elles, et arrêter notre réflexion ici. Toutefois, je pense qu’il est important de se demander pourquoi les compagnies de mode rapide réussissent si bien.


Je pense que notre société cherche à éradiquer les classes sociales. On veut tous être égaux.  La mode rapide, parce qu’elle se vend à un prix dérisoire, permet de « démocratiser la mode ». C’est bien. On ne peut plus différencier les riches des pauvres, parce que tout le monde s’habille pareil. Je suis d’accord que la mode ne devrait pas servir à séparer les individus selon leur classe sociale.


Le problème principal, c’est qu’on ne veut pas être tous égaux au niveau du paysant. On veut tous être égaux au niveau de Bella et Gigi et des autres sensations Instagram du moment (c’est rendu qui la IT girl là?). Ces personnes changent de tenue jusqu’à trois fois par jour, et ne portent presque jamais la même en public. Grâce à la mode rapide et pas chère, on a tous l’impression que notre garde-robe est plein à craquer et qu’on pourrait, nous aussi, ne jamais reporter la même robe à deux évènements distincs (il ne faudrait surtout pas avoir l’air pauvre!). Après tout, pourquoi acheter un chandail à 40$ quand je pourrais en avoir 4 pour le même prix? Et de toute façon, est-ce qu’il y a vraiment une différence? (SPOILER ALERT : OUI)


L’autre problème, c’est que cette « mode démocratique » ne l’est pas pour tout le monde. Pour produire ces vêtements au plus petit prix possible, tout en maintenant une marge de profit pouvant aller jusqu’à 5 fois le prix du cost, les entreprises de mode rapides sont « obligées » de faire appel à des sous-traitants de pays moins fortunés. Ces pays peuvent offrir une production peu coûteuse, étant donné qu’ils n’ont pas de loi régissant la salubrité et la sécurité des lieux de travail, le salaire minimum des travailleurs, ainsi que les produits chimiques utilisés lors de la production et relâchés dans les eaux usées. Ainsi, la mode rapide, en plus de ne pas être accessible pour les gens qui la produisent, a un impact nocif sur la santé et la qualité de vie des habitants où elle est produite.


Ce que le succès de la mode rapide dit sur notre société, donc, c’est que nous désirons abolir les classes sociales, mais nous ne voulons surtout pas avoir l’impression de faire partie de la basse société! Non seulement cela, mais nous ne nous soucions peu des autres être humains qui pourraient souffrir de notre comportement, tant qu’on peut porter la dernière couleur à la mode pour surtout, surtout, ne pas avoir l’air de vivre au Bangladesh.


*Inspire, expire*


Je voulais honnêment terminer mon article comme ça, pour finir sur un impact qui fait réfléchir. Après, je me suis dit que c’était peut-être un peu trop moralisateur et pas du tout constructif, donc il y a un suite.


Ok, mais j’ai pas d’argent et il faut quand même que je m’habille, alors je fais quoi?


La bonne nouvelle, c’est qu’on pourrait aussi être la génération qui a eu l’environnement et l’éthique assez à coeur pour reconnaître nos mauvaises habitudes et y remédier. Quand on n’a pas beaucoup d’argent, mais qu’on ne veut pas s’exiler au camp de nudistes sur l’autoroute 20, il a a plusieurs solutions.

  • Acheter moins. Ça semble si simple, et c’est si simple! Le plus difficile, c’est de changer son comportement et arrêter de se dire qu’on n’a rien à se mettre alors qu’on a une comode et un garde-robe plein. J’aime passer quelques instants une fois de temps en temps afin de regarder chaque morceau que je possède. Je fais souvent des trouvailles dans ma propre sélection!

  • Acheter dans des friperies. Quand je vais au Renaissance, j’en sors souvent avec une paire de souliers, une jupe, un pantalon, deux tops et deux vestes pour environ 50$. Le bon côté d’une mode qui revient aux 3 ans, c’est qu’il y a beaucoup de chances de trouver des items assez tendance, même si on est théoriquement dans un magasin de vieux stock.

  • Acheter ses basics chez des producteurs de mode durable. Certaines compagnies, comme Everlane, ont pour but de produire des vêtements de façon éthique et environnementalement responsable, tout en ayant des prix abordables. C’est possible! Ces vêtements dureront plus longtemps que leurs version rapide, et comme ce sont des basics, ils ne se démoderont pas, donc vaudront la peine de dépenser un petit peu plus!

  • Faire des soirées d’échange de vêtements. Chaque personne invitée fait un ménage de garde-robe et amène les morceaux dont elle veut se débarrasser, mais qui sont encore en bon état. Le reste est selon vous, mais le plus commun est que si plusieurs personnes veut le même morceau, celles-ci doivent l’essayer et celle à qui la pièce va le mieux l’emporte! Ceci se décide par vote du public, évidemment, et si ce n’est pas de la mode démocratique ça, je ne sais pas ce que c’est!

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